Sur cette deuxième enluminure, on retrouve la Trinité de la première vision dont subsiste le visage barbu du Père qui sort du champ de l'image et domine l'être de feu, le Saint-Esprit, qui tient dans ses mains le cercle du cosmos. Le monde est entre les mains de Dieu.
Se substituant à l'Agneau, mais tout entier contenu dans le feu divin, l'univers se dessine formé de six cercles concentriques au cœur desquels apparaît une figure d'homme aux bras ouverts.
Les cercles successifs sont les suivants : "feu lumineux" aux flemmes rouges tournoyantes, "feu ténébreux" aux flammes noires. Ces deux feux, qui se compensent pour ne pas brûler la terre, représentent symboliquement la justice et la miséricorde de Dieu. Déjà, saint Grégoire, dans ses Moralia, a parlé du feu de l'enfer qui n'éclaire pas. Puis vient le "pur éther" ou espace interstellaire qui est étoilé, l'éther, ce cinquième élément que les alchimistes appelaient la "quintessence" et qui apparaît au centre de la croix sous la forme d'une rose à cinq pétales. Arrive ensuite l'"air humide" aux formes ondulées blanches et bleues. Suit, l'"air dense blanc aussi dur qu'un tendon humain", enfin une "seconde couche aérienne soulevant des nuages tantôt clairs, tantôt sombres". Au centre du cercle, la terre est figurée par un globe brun qui ne peut glisser çà et là du fait des éléments qui l'entourent. Cette comparaison de l'univers à une boule ou à un œuf se retrouve dans les Philosophia mundi de Guillaume de Conches. Celui-ci dira que la terre est au milieu comme le jaune dans l'œuf. Autour d'elle se trouve l'eau semblable au blanc, et autour de l'eau est placé l'air représenté par l'enveloppe qui entoure le blanc. Tous ces niveaux sont animés par des vents zoomorphes dont les souffles se répandent dans les zones attenantes et qui jouent un rôle protecteur pour l'homme. Hildegard, s'inspirant de la vision de Daniel, symbolise les quatre vents par des têtes d'animaux. L'ours représente le vent du Nord qui prend son origine dans le "feu ténébreux", le lion le vent du Sud qui provient du "feu lumineux", le léopard le vent d'Est émanant du "pur éther" et le loup le vent d'Ouest procédant de "l'air humide". On peut aussi distinguer certains astres qui diffusent lumière et énergie.
L'homme nu, de face, bras ouverts, est au centre de l'image et remplit les deux premiers disques par sa capacité de connaître et par sa conscience. Il ne peut agir sur le monde que dans un domaine limité, mais il reçoit l'influence de ce qui l'entoure. L'homme apparaît ainsi comme un microcosme reflétant l'ordre du cosmos à travers sa condition physique et spirituelle, et c'est par lui que l'univers trouve son harmonie.