Selon les besoins de l'humanité, Dieu choisit des prophètes pour être ses porte-paroles et parler aux hommes en son nom. Le sens religieux s'exprime donc à toutes les époques, cependant, sur le plan spirituel, les siècles ne sont pas équivalents. Or, l'originalité du XIIe siècle est de comporter à la fois un amour de Dieu et un amour charnel qui l'un et l'autre, gâce aux mystiques, poètes et troubadours, ont réussi à atteindre la fine pointe de l'art : art d'aimer, de bien écrire, de joindre le visible à l'invisible ; art du temps et art de l'éternité, du profane et du sacré. Il n'existe donc pas de cloison étanche entre la pensée religieuse mystique, la littérature sacrée et l'art. Cependant, tout n'est pas dit, tout n'a pas à être dit. Une amande n'est délectable que si sa coque est préalablement brisée. Au XIIe siècle, il est des hommes et une femme qui contemplent le secret du Graal à découvert alors que la simonie règne au sein de l'Église et qu'apparaît une nouvelle religion, celle des cathares, qui connaît un essor inquiétant.